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Lettre ouverte aux évêques de Belgique

Prenant sans relâche la défense du Père Samuel, Anne-Marie Delcambre dénonce l’indigne lâcheté des évêques de Belgique.

Messeigneurs les évêques de Belgique, on m’a souvent vanté votre extraordinaire ouverture aux autres, votre souci de dialogue interreligieux, votre main tendue à vos frères humains, en particulier musulmans. Aussi ai-je lu très attentivement ce que quelques-uns d’entre vous écrivent sur l’islam.

 

Certains, dont Monseigneur Guy Harpigny, actuel évêque de Tournai, se présentent comme « spécialistes des relations entre chrétiens et musulmans », des islamologues en quelque sorte. Le primat de Belgique lui-même, le cardinal Godfried Danneels, cardinal archevêque de Malines-Bruxelles, considère que l’islam véritable est un « islam des lumières » qu’il faut accueillir avec bonté. Aussi prône-t-il l’accueil de l’étranger non catholique dans les églises. Ne s’est-il pas réjoui, en effet, de « la présence de la descendance d’Abraham dans la basilique de Koekelberg » lors d’un congrès qui s’est tenu à Bruxelles la journée du vendredi 3 novembre 2006 ?!

Pour vous tous, Messeigneurs les évêques de Belgique, rien ne semble plus beau que le dialogue islamo-chrétien dans un climat d’amour, de paix et de tolérance. À lire vos discours adressés à vos frères musulmans, on sent la charité chrétienne qui déborde de vos cœurs et on se prend à rêver. Quelle générosité ! Quel amour pour le prochain ! Quel respect mutuel ! Quel humanisme !

Mais bizarrement, vous gardez volontairement le silence sur la montée de l’antisémitisme d’origine maghrébine à Anvers, Bruxelles, Charleroi et d’autres grandes villes de votre beau royaume. Alors, Messeigneurs les évêques belges, je vous pose publiquement cette question : votre indulgence, votre charité sont-elles les mêmes pour tous les hommes, sans distinction de religion ?

Si je vous pose cette question, c’est qu’il existe dans votre pays un prêtre catholique d’origine orientale parlant l’araméen, le turc, le kurde et l’arabe, connaissant les textes de l’islam qu’il étudie depuis 40 ans, et de plus ayant vécu 35 ans en pays musulmans. Et chose curieuse, il m’a semblé que pour ce prêtre catholique – votre « frère dans le Christ » – vous n’aviez pas la même bienveillance. Je veux parler de Charles Clément Boniface, plus connu sous le nom de Père Samuel.

Pour vous, Messeigneurs, le Père Samuel serait différent du reste des prêtres. Vous brossez de lui, à toute occasion, un portrait totalement méprisant mais surtout mensonger : gourou, manipulateur, raciste, islamophobe…

Faut-il vous rappeler l’attitude de l’ancien évêque de Tournai, Jean Huard, qui, voilà bientôt 20 ans déclara faussement au Ministère belge des Cultes que le Père Samuel avait démissionné et ce, afin de faire supprimer, en plein hiver, un salaire auquel a droit tout ministre des cultes en Belgique. Or le Père Samuel n’a jamais démissionné et ce mensonge incroyable a d’ailleurs valu à l’évêque, le 7 janvier 1993, une condamnation pour voie de fait par la justice civile belge.

Quelque temps auparavant déjà, ce même évêque avait, lors d’une messe, humilié les parents du Père Samuel en leur tournant le dos publiquement pour ne pas avoir à leur donner la communion. Ils étaient restés là, à attendre debout, humblement, sans comprendre qu’ils étaient victimes de mépris de la part d’un évêque dont l’attitude cynique n’avait pour but que de manifester le peu d’estime qu’il avait pour ce prêtre oriental et sa famille. Attitude particulièrement ignoble sur le plan religieux mais aussi sur le plan humain.

Mais, Messeigneurs, je me demande si cette attitude n’est pas tout simplement raciste car le Père Samuel est en fait un des vôtres. Après avoir obtenu la permission (nihil obstat) de l’ancien évêque de Tournai Jean Huard, l’archevêque Grégoire Ephrem Jarjour, auxiliaire du patriarche d’Antioche – et que j’ai bien connu au Liban – était venu en Belgique pour conférer, le 23 octobre 1988, au Père Samuel le titre de chorévêque (« évêque des campagnes ») en remerciement de l’aide et des services rendus aux Chrétiens du Liban et d’Irak.

Au cas où vous l’auriez oublié, Messeigneurs, ce titre donne le droit au Père Samuel de se faire appeler lui aussi « Monseigneur » et de porter, comme vous, la croix pectorale et l’anneau dans les cérémonies officielles religieuses et civiles. Ce titre de chorévêque n’est certes plus connu en Occident depuis le XIIIe siècle, mais il est encore d’usage fréquent en Orient.

Je me demande même si, derrière votre attitude dédaigneuse envers ce prêtre catholique oriental, ne se cache pas un antisémitisme qui n’ose pas dire son nom. Pourquoi tant de haine, Messeigneurs, pour un confrère qui n’a commis d’autre crime que de rester fidèle à la soutane, de prêcher une morale traditionnelle, de célébrer des messes en latin qui plaisent et qui attirent des foules nombreuses et, surtout, de dénoncer les dangers de l’islam ?

Pourtant, le Père Samuel, prêtre araméen qui a vu une partie de sa famille massacrée et l’autre partie contrainte à l’exil, parle de l’islam, lui, en connaissance de cause. Comment pourrait-il envisager d’évoquer un islam fait de paix et de tolérance – comme certains d’entre vous le suggèrent – lui qui a été confronté au quotidien et pendant des années à la dure réalité de cette religion ! Faut-il dès lors, comme vous le faites, qualifier ses déclarations sur l’islam de « propos racistes » à l’égard des musulmans, quand on sait qu’être musulman relève non pas de la race mais de la religion ?

Mais pourquoi vos propos le concernant sont-ils toujours aussi fielleux et venimeux ? En caricaturant ce prêtre sous les traits d’un gourou, et en parlant d’adeptes à propos de ses fidèles, vous jetez le doute sur son titre et ses qualités de prêtre catholique. Or vous savez pertinemment qu’il est bel et bien prêtre et que « quand un prêtre est ordonné, il l’est jusqu’à la mort ». En somme, vous vous permettez, sans fondement théologique, de disqualifier le Père Samuel aux yeux de tous, à défaut de pouvoir l’excommunier.

Dès lors, les questions que je me pose, en tant qu’agnostique, sont les suivantes : Messeigneurs, pourquoi une telle indulgence envers les Musulmans qui, eux, vous considèrent comme des chiens d’infidèles, impurs et polythéistes, et qui nient et condamnent tout ce qui fait votre raison d’être d’hommes d’Église et même tout simplement de Chrétiens : Trinité, divinité du Christ, sa crucifixion, sa mort et sa résurrection ? À l’inverse, pourquoi un tel acharnement contre ce prêtre catholique, votre « frère dans le Christ » ? Où est votre charité, Messeigneurs, vous qui devriez normalement être remplis d’amour fraternel pour votre confrère venu d’Orient ? Seriez-vous, par hasard, devenus musulmans ?

Et pourtant on vous voit, Messieurs les évêques, aller la main tendue, hypocritement, vers n’importe quelle secte ou religion. S’étonnera-t-on alors de l’attitude du Père Samuel qui en arrive à ne plus rien espérer de vous, sa hiérarchie ? Il y a deux phrases favorites qu’il aime répéter : « Le salut vient des juifs » (S. Jean 4, 22) et « Je préfère un franc-maçon humain à un évêque inhumain ». À vrai dire, je suis tentée de lui donner raison.

© Anne-Marie DELCAMBRE Islamologue et arabisante.

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